galerie elif n°1 : Résistance électronique, stratégie éditoriale et cyberféminisme

Pour introduire nos stratégies cyberfeministes, dans le contexte du premier  elif , voici un texte chanté à plusieurs voix. (Lecture réalisé avec Jules Wiltalker )

AniaraJules

Aniara:

Dans cette journée cyberfeministe, nous souhaitons en première lieu nous rappeler que malgré la fascination monstrueuse qui exerce sur nous le cyborg il n’existe pas de cyborg que ne soit pas défini en termes de genre classe social et race. Car celles-ci sont les premières technologies qui nous habitent-que nous habitons.

Julia :

Un corps a de la mémoire, il porte dans ses chairs l’emprisonnement d’Angela Davis, la chasse aux sorcières, les trans assainisses dans n’importe quelle frontière, chez elle.

Aniara :

C’est pour quoi dans cette généalogie cyborg nous voulons nous placer du coté du transhackfeminisme, c’est à dire un transfeminisme dont la façon d’opérer consiste à hacker tout ce qui l’entoure.

Julia :

Ça ne nous suffit plus de n’être que des femmes. Le sujet politique du féminisme, le sujet «femmes», est trop étriqué pour nous. Il est en soi excluant et laisse de côté les gouines, les trans, les putes, les voilées, celles qui gagnent peu et qui ne vont pas à la fac, celles qui crient, les sans-papiers, les pédés…

Dynamitons la binarité du genre et du sexe comme pratique politique. Suivons le chemin que nous avons entamé, «on ne naît pas femme, on le devient», continuons de démasquer les structures de pouvoir, la division et la hiérarchisation. Si nous n’apprenons pas que la différence homme/femme est une production culturelle, comme l’est également la structure hiérarchique qui nous opprime, nous renforcerons la structure qui nous tyrannise: les frontières homme/femme.

Aniara :

Tout le monde produit du genre, nous produisons de la liberté. Argumentons avec une infinité de genres…

Jules:

Le préfixe «trans» nous parle d’alliance. C’est un terme qui définit le féminisme comme un ensemble de pratiques et de théories en mouvement tout en rendant compte de la pluralité des oppressions et des situations. (…) C’est dans ce sens-là que des demandes comme celles des travailleuses du sexe, des gouines, des personnes migrantes, des grosses, des handi, des précaires ou des trans peuvent se retrouver dans le transféminisme pour travailler autour de revendications communes sans pour autant occulter leurs spécificités.

Aniara:

Le Teanshackfeminisme est un transfeminisme dont la façon d’opérer consiste à hacker tout ce qui l’entoure.

Le transhackfeminisme comme tout cyberfeminisme, inscrit notre histoire dans celle des techno-sciences, démontant le paradigme nocif et trop long temps entretenu d’un clivage entre nature et culture. Faisant ainsi lumière sur un sujet qui habite un corps et circule dans des technologies en les re-signifiant. Il n’y a pas de cyberféminisme sans corps.

C’est donc depuis le corps que nous parlons. Mais c’est quoi un corps humain? Quelles sont ses bords ses limites?

Julia:

Nous savons grâces aux technologies médicales de pointe qu’entre 3 et 5 kilos de notre poids corporel est en effet celui de notre microbiome et que l’équilibre de notre santé est sérieusement mit en danger quand lui, il ne va pas bien, alors que ce sont des microbes qui nous colonisent et pas « moi »…

Aniara:

Les technologies chamaniques amazoniennes, par exemple, éclatent le « moi » via l’ingestion des plantes comme l’Ayaguasca à fin de pouvoir parcourir dans le corps d’un jaguar tout le territoire et vérifier les éventuelles déséquilibres écologiques, car seulement un déprédateur omnivore et sélectif comme le jaguar peut savoir où les ressources commencent à se fatiguer.

Jules:

Les sorcières aussi ont générée des relations différentes avec leur entourage : Les plantes, les animaux et les connaissances. Elles étaient de cyborgs car elles ne respectaient pas les frontières identitaires entre espèces. Elles étaient des cyborgs de par leur relation avec les technologies et la production de connaissances.

Aniara:

Les technologies que nous venons d’évoquer, sont aptes à la visualisation et à l’élargissement de la perception de soi et de l’écosystème et sont une bonne manières de vous parler de types de technologies qui nous intéressent.

Jules

Une technologie transféministe NE PEUT PAS être un « concours de bites »

Ce que j’appelle un “concours de bites” est, dans les milieux technologiques, une pratique si habituelle qu’elle est déjà naturalisée (comme le “lust for results”). Dans le concours de bites, il n’importe pas ce que tu fais avec la tienne, sinon quelle taille elle a et combien elle tarde à devenir dure. C’est un sujet d’efficacité et de présence depuis un seul point de vue. Dans le concours de bites, rien n’est coté qui ne soit pas une bite, et en chair (rien qui ne soit pas un gadget, un artefact, une machine, rien qui n’ait pas au moins un circuit intégré, un code informatique). Dans le concours de bites, ne sont pas cotés les processus, ni les observations, ni les narratives, ni les sens. Il s’agit d’une dynamique chosifiante et matérielle, et d’un certain point, d’un aberrant essentialisme technologique.

Aniara

Le concours de bites NE SERT PAS comme méthodologie pour apprendre quelque chose, mais uniquement pour admirer des choses. C’est une dynamique basée sur la propriété (“regarde comme il est beau MON machin”) et cette pratique reste donc exclue de celles que nous nommerons comme Transhackféministes

Jules:

Une technologie transféministe devra être anticapitaliste, désindustrialisée et basée sur le principe de la différence

La technologie capitaliste est orientée vers la perte progressive d’autonomie. Une technologie anticapitaliste n’a ni numéros de série, ni usines, ni nuages blancs sur fonds célestes. Une technologie anticapitaliste n’est ni dans les nuages ni en Chine parce qu’elle est, entre autres, dans la chatte rebelle qui se résiste au protège-slip comme paradigme de l’homogénéisation castratrice (parce que oui, il y a également castration au-delà de la psychanalyse et au- delà de la peur de perdre le phallus, comme dans les technologies de l’odorat que propose Evax).

Aniara

Une technologie anticapitaliste sera transféministe parce qu’elle ne sera pas dans les nuages, parce que quand s’ouvre le code apparaissent toutes les immondices de son écriture, apparaissent les bugs, apparaît l’ingénierie fine de la monogamie comme production de faute, apparaissent les mouvements perpétuels de l’auto-pénétration, les rayons X et les presets par défaut, comme quelqu’un qui dit : le système d’exploitation par défaut est Windows, la sexualité par défaut est blanche et monoparentale, l’habitude est une niche du marché, et quand les codes sont ouverts rien de ceci n’est crédible parce que cela parait si banal et si « original » que cela ennuie grave.

Jules :

La répétition est ennui. Une technologie transféministe se base sur la ponctualité du petit geste, sur la sérendipité, sur la synergie et l’occasionnel.

Aniara

Une technologie transféministe est analphabète et promeut les méthodologies queers

Jules.

« Une méthodologie queer est, en un sens, une méthodologie charognarde, qui utilise différentes méthodes pour collecter et produire de l’information sur des sujets qui ont été délibérément ou accidentellement exclus des études traditionnelles du comportement humain. La méthodologie queer tente de combiner des méthodes qui paraissent souvent contradictoires entre elles et refuse la pression académique d’une cohérence entre disciplines.» (Halberstam, 2008, 32).

Aniara

Une technologie transféministe n’a pas peur

Une technologie transhackféministe n’a pas peur, pas peur des machines ou de l’auto-exploration du corps, pas peur de savoir ce qu’il y a à l’intérieur, le col de l’utérus et l’au-delà (plus loin encore). Une technologie transféministe sera un exercice de perte de la peur, une recherche pour savoir comment connecter les câbles (culturels ou machiniques) dans les caisses grises que sont parfois les corps ou les ordinateurs portables. Une technologie transféministe se moquera de l’obsolescence programmée du corps pour programmer l’obsolescence du genre, de même interviendront les machines, recyclera les vies des vieilles guimbardes, ouvrira les portables ou connaîtra les plaisirs de l’anus.

Jules:

Une technologie transhackféministe n’a pas peur, pas peur des machines ou de l’auto-exploration du corps, pas peur de savoir ce qu’il y a à l’intérieur, le col de l’utérus et l’au-delà (plus loin encore). Une technologie transhackféministe sera un exercice de perte de la peur, une recherche pour savoir comment connecter les câbles (culturels ou machiniques) dans les caisses grises que sont parfois les corps ou les ordinateurs portables. Une technologie transhackféministe se moquera de l’obsolescence programmée du corps pour programmer l’obsolescence du genre, de même interviendront les machines, recyclera les vies des vieilles guimbardes, ouvrira les portables ou connaîtra les plaisirs de l’anus.

Avec:

Lucia Egaña Rojas

Klau kinki

Quimera Rosa

Itzar Ziga

Miriam Solá

Brigitte Luis Guillermo Baptiste

et Jules Wiltalker pour le GIF

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